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"Un professionnel de l'aéronautique trouvera du travail dans tous les secteurs"

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Leandre31

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Ce sont les deux plus grandes écoles aréonautiques françaises. Situées à Toulouse, l'ISAE – né du rapprochement de Supaéro et de l'Ensica – et l'ENAC assurent toutes deux la formation d'ingénieurs alors que l'ENAC forme également des pilotes, des contrôleurs aériens ou encore des techniciens. A l'occasion du Salon du Bourget, Olivier Fourure, directeur de l'ISAE, et Marc Houalla, directeur de l'ENAC, ont répondu à nos questions.

L'aéronautique fait partie des secteurs qui font le plus rêver. Et donc des plus sélectifs. Pour intégrer une de vos formations, faut-il absolument être "tombé dedans" tout jeune ?

Olivier Fourure : En interrogeant nos élèves, nous avons effectivement identifié une bonne moitié de passionnés qui a toujours rêvé de travailler dans le secteur aéronautique ou le spatial. L'autre moitié s'est décidée plus tard en mettant en perspective le haut niveau scientifique et technique de nos formations et les débouchés attractifs.

Marc Houalla : C'est vrai que nous travaillons dans un secteur de passionnés et que nos élèves sont quelquefois issus de familles qui ont-elles-mêmes des attaches dans l'aéronautique. Mais heureusement, beaucoup d'autres profils nous rejoignent.

Les débouchés sont-ils toujours aussi importants en France ?

Olivier Fourure : Au niveau mondial, Airbus a devancé Boeing ces dernières années, Eurocopter est le premier hélicoptériste, Dassault Aviation le premier constructeur de jets d'affaires. Thales et Safran sont également leaders mondiaux dans leurs domaines. Le tout dans un secteur, l'aéronautique et l'espace, dont l'activité augmente plus rapidement que le reste de l'économie. Pour Airbus, les commandes représentent ainsi plus de quatre années de production.

Sans compter qu'à côté de ces grands groupes, il y a aussi un tissu industriel très riche, avec des PME-PMI innovantes. En tout, le Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) prévoit 8 000 offres de postes pour 2011, dont un quart pour les jeunes diplômés.
Oui, mais la concurrence, notamment des pays émergents, augmente ?

Olivier Fourure : Nous sommes dans un secteur très concurrentiel. Le duopole Airbus-Boeing sera bousculé dans les années à venir par de nouveaux entrants, chinois ou brésiliens. Ce qui nous oblige à rester à la pointe de l'innovation pour garder une longueur d'avance. D'ailleurs, le grand emprunt consacre 2 milliards d'euros à développer les technologies aéronautiques et spatiales de demain, et a retenu le projet toulousain d'institut de recherche technologique qui est centré sur ces secteurs. L'ISAE est au cœur de cette dynamique.

A quoi ressembleront les avions de demain ?

Olivier Fourure : Leur niveau d'innovation et de technologie va considérablement progresser. Nos diplômés devront concevoir des avions plus "verts". La consommation de carburant par passager a déjà considérablement baissé, mais il faudra encore la réduire d'un facteur 2, diminuer les émissions polluantes (CO2, NOx) et les nuisances sonores pour que croissance du transport aérien et développement durable aillent de pair.

Marc Houalla : Ils intégreront dans leur conception, dans leur construction comme dans leur exploitation de plus en plus de préoccupations liées à l'environnement et au développement durable. Sans aucun doute, ils pollueront moins tant au niveau des pollutions atmosphérique que sonore. Je ne doute pas que nos ingénieurs ENAC contribuent à ces progrès technologiques futurs. Mais en attendant, nos diplômés, pilotes, ingénieurs ou contrôleurs aériens continueront à travailler à créer de nouvelles approches de décollage et d'atterrissage qui permettent d'abaisser la consommation et le bruit générés pas les avions.

Vos écoles sont particulièrement sélectives. Faut-il absolument être une "bête en maths" pour les intégrer ?

Marc Houalla : Notre concours d'entrée dans le cursus pilote de ligne rassemble cette année 2 000 candidats et il y aura seulement 28 admis ! Les concours d'entrée pour devenir contrôleur aérien ou ingénieur sont à peine moins sélectifs. Le concours de contrôleur aérien rassemble ainsi chaque année près de 1 000 candidats pour une cinquantaine de places. Ces concours sont essentiellement accessibles aux élèves des classes préparatoires scientifiques.

Olivier Fourure : Une bête en maths pas nécessairement mais, en tout cas, il faut avoir une tête bien faite ! Notre cursus grande école recrute 95 % de ses élèves en prépas par le biais de deux concours. Sur le concours Mines-Ponts, Supaéro est la troisième formation la plus demandée, sur le concours commun Polytechnique, l'Ensica la première. De très bons étudiants de l'université peuvent également nous rejoindre par le biais des admissions parallèles. Les mastères spécialisés sont quant à eux ouverts à un public français ou international d'étudiants avec de solides prérequis ou une bonne expérience professionnelle.

On n'a pas forcément l'impression que les femmes ont leur place dans l'industrie aéronautique. Qu'en est-il dans vos écoles ?

Marc Houalla : Elles sont malheureusement encore trop peu nombreuses au global dans nos formations. Il y a ainsi seulement 10 % de jeunes filles dans notre cursus pilotes. Le pourcentage est plus équilibré chez les contrôleurs aériens (30 à 40 % de femmes selon les promotions) alors qu'elles représentent environ 25 % dans notre formation ingénieur. Le secteur, et tout particulièrement le métier de pilote, reste trop souvent considéré comme un "métier de mec". Nous le regrettons et c'est la raison pour laquelle nous avons créé un poste de responsable sociétal dont l'une des tâches consistera à accroitre le pourcentage de jeunes femmes dans l'ensemble de nos formations.

Olivier Fourure : Les jeunes filles ne représentent que 16 % de nos ingénieurs alors qu'elles réussissent très bien à l'ISAE et font ensuite de belles carrières. Le tout pour elles est d'avoir la fibre technique. Un atout à signaler : celles qui le souhaitent sont accompagnées par un "mentor" du réseau de l'ISAE Executive club (club de hauts dirigeants) pendant leur cursus pour orienter ensuite leurs choix professionnels.
Au-delà des femmes, vos écoles sont-elles ouvertes à tous les profils ?

Marc Houalla : Nous souffrons d'une image très élitiste qui écarte de nous de nombreux passionnés de l'aéronautique au motif qu'ils ne sont pas en classes prépas et que nos concours sont très sélectifs. Nous avons engagé de nombreuses actions pour corriger ce biais : "Cordée de la réussite" [dispositif de tutorat des lycéens qui vise à anticiper les concours en renforçant la culture générale et le soutien de jeunes issus d'une série de lycées aux populations socialement hétérogènes], création d'un poste de responsable sociétal, etc.

Mais notre action phare consiste en la création, dès la rentrée 2012, d'une nouvelle filière d'accès à notre formation de pilotes. Celle-ci sera ouverte à une quinzaine de jeunes issus des fédérations aéronautiques d'origine sociale modeste et de niveau première S que l'ENAC mettra à niveau avant leur intégration dans la formation classique.

Olivier Fourure : Nous avons atteint cette année l'objectif gouvernemental de 30 % de boursiers dans les grandes écoles ! De plus, nos élèves assurent des missions de tutorat au sein de lycées partenaires de la région dans le cadre des Cordées de la réussite. Il s'agit pour nous de donner un vrai coup de pouce à des jeunes bons élèves, mais qui n'auraient pas forcément eu l'ambition ni les conditions d'accéder à des cursus comme les nôtres.

Quelles sont les grandes différences entre l'ENAC et l'ISAE ?

Marc Houalla : Très schématiquement, on peut dire que l'ISAE se préoccupe, de conception et de construction et l'ENAC plutôt d'exploitation. Seule la formation ingénieur ENAC se trouve dans une forme de concurrence avec l'ISAE. Mais là, encore on peut dire que les ingénieurs de l'ISAE conçoivent des avions et nos diplômés en assurent l'exploitation, la sécurité ou le support même si l'on retrouve des ingénieurs ISAE dans ces domaines et des ingénieurs ENAC dans la partie conception des avions.

D'une manière générale, nos diplômés concourent à la sécurité du transport aérien et travaillent dans tous les secteurs aéronautiques : constructeurs et équipementiers avions, compagnies aériennes, aéroports, équipementiers d'installations aéroportuaires et de la navigation aérienne, etc.

Olivier Fourure : Les deux écoles qui composent l'ISAE, Supaéro et l'Ensica, délivrent une formation pluridisciplinaire permettant de concevoir les systèmes aéronautiques et spatiaux. Elles s'appuient sur la pédagogie de projet et l'ouverture internationale pour développer l'autonomie et la créativité permettant aux diplômés d'avoir des parcours professionnels brillants dans le secteur aérospatial, mais également dans tous les secteurs qui demandent une expertise scientifique avancée.

Quand on pense ENAC, on pense d'abord aux pilotes mais vous formez à bien d'autres métiers à tous les niveaux.

Marc Houalla : En fait, il faut regarder l'ENAC comme trois grandes écoles en une ! Une école de pilotes de ligne, une école dédiée a la navigation aérienne (ingénieur du contrôle, ingénieur électronicien, technicien supérieur en aéronautique, etc.) et une école d'ingénierie aéronautique (ingénieur Enac, mastères spécialisés, diplômes nationaux de masters, etc.).

En tout, l'ENAC délivre 25 formations initiales différentes. J'ajoute que nous nous ouvrons également à l'apprentissage avec, à la rentrée 2012, l'ouverture d'une formation de technicien aéronautique d'exploitation en alternance et, probablement, une formation d'ingénieur en alternance à la rentrée 2013.

Le point commun de tous ces programmes est d'être en relation avec l'exploitation de l'avion et, plus généralement, avec la sécurité et la gestion du transport aérien. Un modèle global qu'on ne retrouve que dans deux autres universités dans le monde : Embry-Riddle aux Etats-Unis et la Civil Aviation University of China.

Vous misez forcément beaucoup sur l'international dans un secteur aussi mondialisé que le vôtre ?

Olivier Fourure : Les employeurs cherchent des diplômés capables de comprendre et s'adapter à d'autres cultures. Nos élèves ont donc obligation de réaliser un séjour à l'étranger, actuellement de 6 mois en moyenne. Mais l'immersion multiculturelle s'opère aussi au cœur de nos campus à Toulouse : sur les 1 500 élèves, 400 sont étrangers, en provenance de 60 pays représentant l'ensemble des continents. En mastères spécialisés, ils représentent même la moitié de nos 300 inscrits et 35 % de nos 200 doctorants.

Marc Houalla : Dans les deux domaines où nous bénéficions d'une position de leadership en France – le contrôle aérien et le pilotage avion –, il s'agit pour nous d'occuper la position de leader européen. Nous formons déjà aujourd'hui plus de pilotes étrangers que de français.

Concernant l'ingénierie, notre stratégie passe par quelques points clés comme le développement de formations avec des partenaires étrangers – par exemple en Chine avec les universités de Tsinghua et de la CAUC (Civil Aviation University of China) –, ou la conclusion d'accords avec d'autres grandes écoles, notamment dans le cadre du réseau France Aerotech.

Une fois diplômés où travaillent les pilotes formés par l'ENAC ? Peut-on encore dire que vous êtes l'école de formation d'Air France ?

Marc Houalla : A la sortie de leur cursus de formation, nos jeunes élèves pilotes de ligne souhaitent, au même titre que les ingénieurs, intégrer ce qui leur semble être le meilleur employeur à leurs yeux. Dans leur cas, cet employeur se trouve être Air France. C'est ainsi qu'un bon tiers des pilotes Air France sont issus de l'ENAC. Mais en ce moment Air France ne recrute pas et nos jeunes pilotes rejoignent donc d'autres compagnies aériennes comme la Lufthansa (s'ils parlent allemand), Lufthansa Italia, EasyJet ou encore Ryanair.

Par ailleurs, Air France fait appel à d'autres écoles pour son recrutement et il serait erroné de dire que l'ENAC est l'école d'Air France, d'autant plus erroné que l'ENAC forme aujourd'hui plus de pilotes pour des compagnies aériennes étrangères que pour Air France !
Le contrôle aérien est en pleine mutation avec de nouvelles règles européennes. La formation de l'ENAC va-t-elle beaucoup évoluer dans les années à venir ?

Marc Houalla : La standardisation européenne croissante des métiers du transport aérien conduit l'ENAC à adapter aussi bien le contenu que les méthodes de formations existantes. C'est dans ce cadre que nous travaillons depuis plusieurs années avec nos homologues du Fabec (Functional Airspace Block Europe Centrale) – qui regroupe la France, l'Allemagne, le Benelux et la Suisse –, en vue de définir des formations communes de contrôleurs.

Toutefois, l'ENAC souhaite promouvoir sa formation de contrôleur aérien comme la formation de référence. Pour cela, elle a entrepris de "mastériser" sa formation de contrôleur ce qui lui permettra de délivrer aux jeunes contrôleurs une qualification de contrôleurs européen en même qu'un diplôme de master européen.

Pour favoriser l'innovation, l'ISAE met particulièrement l'accent sur le doctorat...

Olivier Fourure : Nous accueillons plus de 200 doctorants et 15 % de nos élèves poursuivent en thèse dans la foulée de leur diplôme d'ingénieur. Une tendance en hausse depuis que nous initions dès leur première année tous nos élèves ingénieurs à la recherche en les amenant à réaliser des travaux personnels dans nos laboratoires. 75 % de nos docteurs poursuivent ensuite dans le secteur industriel et développent les innovations qui permettent à notre industrie aéronautique de rester leader mondial.

On entend souvent dire que les professionnels de l'aéronautique sont recherchés dans tous les secteurs. Pourquoi ?

Olivier Fourure : Un professionnel de l'aéronautique trouvera effectivement du travail dans tous les secteurs de l'économie parce que l'aéronautique est le secteur industriel le plus exigeant en termes d'innovation, de complexité et de sécurité. C'est aussi celui qui nécessite d'avoir des compétences scientifiques et techniques dans un large champ disciplinaire. N'oublions pas que le développement de l'A 380 a été le plus important projet industriel européen de ces dernières années.
Propos recueills par Olivier Rollot.
Source du monde

http://pilot's-wings.kazeo.com

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